La presse en parle...

En 1905, le Nice-Havrais allait bientôt surgir sur les pentes escarpées du Cap de la Hève. La presse locale s'en fait l'echo sous la plume d'Albert Herrenschmidt qui publie cet article le 13 novembre : Georges Dufayel n'est pas encore devenu le propriétaire des terrains concernés, mais les études avancent !!

  

CHRONIQUE

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LES TRANSFORMATIONS

DE SAINTE-ADRESSE.

Je sors d'un bureau d'architecte ou des crayons courent fiévreusement sur le papier, ou des tire-lignes rivalisent de finesse et de célérité, où les plans s'accumulent, blancs, bleus, pelure d’oignon, où la règle et l’équerre font des prodiges.

Entre ces quatre murs, on élabore de grands projets. François Ier, dans les parages de 1520, eut dit à ce propos : « Je crée une ville ». Les temps sont un peu changés. Le bâtiment a largement poussé depuis les beaux jours de la nef Françoise et malgré l'« américanisation » de la vie locale, il est devenu chez nous plus difficile que de l'autre côté de l'Atlantique de s'adonner à la culture intensive du moellon, de faire sortir une cité de terre à la façon des champignons. L'occasion fait encore défaut.

Mais nous aurons tout de même bientôt une réduction intéressante de ces transformations rapides des choses.

Au printemps prochain, surgiront des flancs de la falaise de la Hève, des constitutions diverses qui vont modifier sensiblement le paysage en substituant à la tristesse morne des talus la villa aux lignes élégantes.

Dans quelques mois, dans ce coin de Sainte-Adresse encore livré aux broussailles, une armée de terrassiers s'abattra. Des wagonnets courront sur leurs rails emportant des déblais qui serviront à élargir le chemin de Saint-Denis et constitueront le long de la plage un spacieux « boulevard des Régates. » Puis l'avant-garde des maçons s'avancera, escorté de truelles impatientes. La brique silico-calcaire se mettra à pousser avec des ardeurs sans pareille. La « charpente » et la « couverture » entreront en danse, les toits à pignons pittoresques apparaîtront coiffés de tuiles ou d'ardoises. Le mouvement et la vie animeront ces solitudes. Et nous assisterons à la naissance d'une petite ville.

Un multi millionnaire s'est offert cette enviable fantaisie de créer ainsi, du jour au lendemain pour ainsi dire, tout un quartier, de mettre en valeur un sol resté jusqu'alors improductif. Il s'apprête à réaliser cette idée d'amener et de fixer une population sur un point ou à peu près seuls quant à présent les colons de Saint-Denis-Chef-de-Caux sont venus planter leur tente, et déployer aux pieds de la Hève, la rusticité de leurs bicoques, le triomphe du carton bitumé !

Le site est tentant. J’en sais peu, à nos portes, qui égalent sa majestueuse beauté. Il prend avec les différentes heures du jour un charme nouveau sans perdre un instant de son émouvante grandeur. L'admirable panorama que l'œil embrasse de là !

D'un côté c'est la superbe échappée sur la ville, avec, dans le lointain, les falaises d’Orcher qui s'estompent dans les brumes ; en face, la côte du Calvados, dont les dessins capricieux dessinent des pointes que la belle saison tapisse de verdure ; sur la droite, l'immensité de la mer et du ciel fondus à l'horizon.

Et par tous les temps, le tableau reste d'une simplicité oppressante et grandiose, que la tempête déchaîne dans ce cadre la fureur des éléments et joigne la noblesse tragique de sa violence à la solennelle ampleur du paysage, ou bien que le soleil enveloppe le tableau des chaudes vibrations de la lumière.

Il y a, aux jours d’été, des matins délicieux, des crépuscules d'une douceur imprégnante et profonde, des levers et des agonies de soleil qui déploient sur les choses une gamme exquise de couleurs délicates et tendres : roses atténués, bleus transparents, violets naissants, vapeurs flottantes d'où émergent, çà et là, la pointe d’un clocher ; éblouissant éparpillement de paillettes que le clapotis de l'eau fait miroiter à l'infini, longues traînées de cuivre fondu que le soleil semble étendre sur la mer, et qui, insensiblement, se ternissent, se rapetissent, s'effilochent, s'éteignent, en même temps que de l'autre côté, vers la ville déjà noyée dans l'ombre, des lumières apparaissent une à une, tracent des rues, des boulevards, font songer à ces petits trous d'épingle dont on perce les photos de stéréoscope.

Fatalement, Sainte-Adresse devait un jour accrocher des maisonnettes aux flancs de sa falaise, surtout en ces parages où les talus étagés ont fixé définitivement le terrain et écarté l'éventualité plutôt… refroidissante de l'éboulement. Une circonstance heureuse se présente par laquelle, dès la première année, la plus grande part de la transformation projetée va s'opérer. Et cela vaut quelques lignes.

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M. l'architecte Daniel m'a déclaré :

« Il est dans la ferme intention de M. Dufayel de faire commencer les travaux au début de 1906. Certaines formalités qui restent en suspens seront d'ici là remplies et les terrains pourront recevoir leurs travailleurs.

« Il s'agira tout d'abord de mettre les voies en état, d'assurer une voirie complète sur toute la partie acquise. À cet effet les boulevards Dufayel et Désiré-Dehors, qui représentent les artères principales du nouveau quartier, recevront en même temps leur canalisation d'eau potable et de gaz. Un réseau d'égouts y sera établi, avec pente suffisante pour amener un écoulement rapide des eaux usées ; les voies seront portées à la longueur réglementaire, macadamisées, bordées de trottoirs, et offertes ainsi terminées, à la commune de Sainte-Adresse.

« À ces travaux se rattacheront la construction des escaliers transversaux qui mettront les deux boulevards en communication facile. Ces escaliers existent déjà au nombre de trois, mais ils seront notablement élargis, constitués en briques avec, sur les côtés, des conduites d'écoulement.

« Cela fait - et cette mise en état de viabilité représente déjà une grosse dépense - nous commencerons, en bordure des voies, la construction des villas. Les plans sont déjà prêts et, dans leurs grandes lignes, arrêtés… »

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Sous mes yeux défilent les multiples projets élaborés. Il y a là une collection tout à fait jolie de maisons d'habitation, dont le dessin laisse entrevoir, même dans la gravité de ses lignes cotées, un ensemble coquet et pittoresque. Il en est de tous genres, de tous styles.

Voici la chaumière normande avec son toit de vieilles tuiles moussues, ces petites lucarnes, ses murs entretoisés. Voici la maison moderne, spacieuse et confortable, aux balcons légers et délicatement ornementés, aux bow-windows à vitraux multicolores, à la véranda élégante. Le garage des autos a été prévu. Le toit horizontal en ciment armé servira de terrasse-observatoire.

Voici la maison Louis XV, avec sa façade rehaussée de motifs pimpants, les fenêtres à petits carreaux, ses portes qu’encadre la courbe gracieuse des festons. Voici encore le chalet plus modeste ; il garde un cachet d'art dans sa simplicité architecturale, et il n'a pas, dans son extérieur, la prétention des autres, il abrite néanmoins une disposition de locaux conformes aux règles de l'hygiène, aux exigences élémentaires de la vie moderne.

- Et ses épures teintées, labourées de hachures ?

- Le plan du quartier commercial que M. Dufayel se propose de créer à l'amorce inférieure du boulevard du Président-Félix-Faure, pour faciliter l'approvisionnement des villas.

Le projet montre en effet, un îlot de terrain que le crayon de l'architecte a morcelé. Un bourg s'étend là, sur le papier, avec la variété de ses industries indispensables. C'est la boutique de boucher, du boulanger, de l'épicier, le magasin de la mercière, celui du pharmacien, du cafetier. Tous ces locaux s'entendent côte à côte en bordure, séparés ici par le bureau des postes et télégraphes, plus loin par le salon du coiffeur, ou la vitrine du libraire-marchand de journaux. On a même prévu… une caserne.

Rassurez-vous, il ne s'agit pas de loger là un régiment, mais seulement les quelques douaniers qui sont chargés de la surveillance de la plage et dont le refuge actuel a des rusticités de hutte hottentote. Un garde champêtre pourra compléter un jour cette force armée, en attendant la création du commissariat de police, si tant est que le besoin s'en fasse sentir.

Joignez à tout cela l'édification du pavillon des Régates sur l'emplacement de l'ancien parc aux huîtres, le prolongement de la ligne de tramway par la route de la Hève, le boulevard du Président-Félix-Faure, la route des Phares, et son rattachement au réseau, par la route du carrousel ; notez que l'on étudie un projet de raccordement du boulevard du Président-Félix-Faure avec la route de la Hève, en vue de supprimer la courbe dangereuse que forme le boulevard à sa partie basse ; retenez encore que l'on se propose d'élargir la rue Désiré-Dehors. Et ne soyez plus surpris d'apprendre que Sainte-Adresse, jeune et jolie personne, ambitieuse et coquette, caresse en ce moment des espoirs dorés, entrevoit l'avenir teinté de rose, et glisse un sourire reconnaissant à l'aimable richard qui va la mettre dans ses meubles.

 

... Dix mois ont passés et les travaux ont radicalement modifié l'aspect de la falaise ! Albert Herrenschmidt s'en fait à nouveau l'écho dans une article du Petit Havre, daté du 10 septembre 1906 :

Au Nice havrais

Les feuilles tombent et les villas poussent - Concours d'architecture - Le Palais des Régates dans son état actuel – Slip, Epis et estacade - Une machine à broyer le galet - La naissance du quartier commercial - La rue de la Poste.

Se donner l'illusion de voir surgir une ville, suivre pas à pas la transformation des choses, et noter au jour le jour les modifications qu'elle apporte dans le paysage, c'est un spectacle qui n'est pas sans intérêt pittoresque. Il a son agrément et son charme.

Nous venons de rendre visite au « Nice havrais », où une armée de travailleurs, terrassiers, maçons, couvreurs, menuisiers, etc., met partout du mouvement et de la vie. L'occasion de nous avait pas été donné de passer en ces parages depuis quelques semaines. En moins d'un mois, tout ce coin de la falaise et de la plage s'est modifié.

 

LES VILLAS

A l'heure même où la nature tempère son généreux effort et commence l'agonie des feuilles, les villas poussent là-bas avec une ardeur sans pareille. La « sève de brique silico-calcaire » est en train de faire progresser des constructions élégantes et variées, qui sont l'amorce du peuplement de la nouvelle plage. Chalets normands, maisons modernes, habitations coquettes et pimpantes, que coiffent déjà la tuile et l’ardoise, tout cela sort de terre, se dresse gaiement dans un décor aimable qui garde encore l’éclat des verdures. Et tout cela laisse entrevoir le séduisant aspect que présentera, dans quelque temps, avec ses larges boulevards, ses avenues spacieuses, ce « Nice havrais » si prestement et si joliment réalisé : coûteuse fantaisie d'un multimillionnaire dont l'esprit d'entreprise ingénieux et hardi servit à souhait une initiative avisée.

Il y a actuellement quinze villas en cours de construction, de tous genres, de toutes dimensions, de tous styles, soit pour le compte personnel de M. Dufayel, soit pour le compte de particuliers acquéreurs de terrain. Leurs plans sont dus à des architectes divers du Havre et de Paris. Mais, constatation intéressante, ce sont uniquement des entrepreneurs de la région qui les exécutent, et font ainsi bénéficier la main-d'œuvre locale dans toutes les branches du bâtiment. L'état présent permet déjà de se rendre compte de l'effet.

Les maçonneries sont assez avancées pour dessiner les lignes principales des nouveaux immeubles. Et c'est comme une exposition permanente de constructions où chacun s'est ingénié à réaliser son rêve, celui-ci en songeant surtout à l'originalité, au coup d'œil des façades, à la note de modernisme qu'elles jettent dans ce pays neuf, les autres - et ce ne sont pas les moins imprévoyants - en s'attachant par-dessus tout à réaliser la demeure bourgeoise, ample, pratique, bien aérée, bien éclairée, sacrifiant plutôt à la fantaisie du décor l'avantage d'une disposition imposée par l'expérience.

Ces quinze villas s'achèvent. Pour la plupart, elles arborent joyeusement au pignon le drapeau tricolore qui a marqué la pose des dernières charpentes. Mais d'autres vont pousser à leur tour. Trente-cinq lots, nous dit-on, sont déjà vendus, à des Havrais, à des Parisiens aussi. Avant l'été prochain, une grande partie du boulevard Dufayel et de l'avenue Désiré-Dehors sera bordée de constructions.

On sait que trois escaliers transversaux font communiquer ces grandes voies. M. Dufayel a voulu assurer plus encore la liaison entre ces principales artères. Il vient de décider - détail inédit - de créer une large route à l'extrémité Ouest de l'avenue des Régates, route qui escaladera le coteau en pente douce et viendra se raccorder avec l'avenue Désiré-Dehors, de telle sorte que les voitures, longeant l'avenue des Régates, pourront, en poursuivant leur chemin par l'avenue Désiré-Dehors, le boulevard Dufayel et la rue Gustave-Lennier désormais reliés, sillonner sur toute sa longueur le « Nice Havrais » et, en serpentant à travers tout un élégant quartier de villas, atteindre le boulevard du Président-Félix-Faure.

Cette promenade, devant l'ample et majestueux panorama de la ville et de l'estuaire, dont on ne dira jamais assez l’émouvante et grandiose beauté, cette promenade est appelée, croyons-nous, à devenir aussi classique que la traditionnelle excursion aux Phares, dont elle sera logiquement le prologue.

 

LE PALAIS DES REGATES

- Avant la fin octobre, nous dit-on, les maçons auront terminé. Aux premiers jours d'avril prochain, le Palais pourra ouvrir ses portes. Il ne restera plus qu'à frapper les trois coups pour faire lever le rideau, le soir de la fête d'inauguration.

On travaille, en effet, là-bas. Il ne reste plus aujourd'hui qu'à poser la terrasse supérieure de ciment armé, à édifier les quatre tourelles, et, pour ne parler que des gros ouvrages, à construire le belvédère et la galerie.

L'œuvre de M. Daniel prend tournure et se présente heureusement à l'œil. La construction est robuste et bien comprise. La sobriété de ses lignes n'en exclue pas l'élégance de bon goût. Les sculpteurs sont déjà montés à l'échafaudage. Ils ornent les cléfs de voûte de motifs décoratifs rappelant les destinées de la maison : feuilles d’algue, coquillages, cordages se sont très adroitement substitués pour la circonstance aux immuables acanthes, torsades et aux festons ordinaires. Mais c'est surtout ici, pour le moment, la gloire éclatante du ciment armé. Il triomphe, le ciment armé ! Il triomphe dont les poutres de soutien, dans les terrasses, dans les colonnes ; il triomphe même dans les corniches à dessins compliqués qui courent tout le long du bâtiment. Il paraît partout et partout joue un rôle, n'ayant pour rivale que la brique silico-calcaire qui règne là sous toutes ses formes, mécaniquement façonnée en moulures, en saillies aux courbes gracieuses.

Les cabines du rez-de-chaussée, le vestibule d'honneur, la galerie-promenade, la salle des fêtes, montrent maintenant leurs grandes lignes. La salle des fêtes surtout, où aura lieu le gala de l'inauguration, accuse ses amples proportions. De chaque côté de la porte s’ouvrant sur la mer, seront dressées les maquettes des deux superbes groupes du sculpteur Penaud, dont les bronzes décorent l'entrée des salons du magnifique hôtel de M. Dufayel, avenue des Champs-Élysées.

Dès hier, les travaux de menuiserie étaient commencés. L'entrepreneur, M. Charles-dit-Dubreuil, établissait son atelier et déjà arrivaient, construits, prêts à poser, les différents éléments de l'installation.

La protection du Palais, du côté du rivage, a été complétée par la création d'une estacade, l'établissement de plusieurs épis et d’un slip, lequel, par sa disposition adroitement comprise, tient en même temps lieu de puissant ouvrage de défense.

L'estacade a été construite en béton. L'épaisse muraille, habillée d'un revêtement de bois, s'étend sur toute la longueur du pavillon. Elle fixe à jamais le terrain et lui servira de bouclier contre les attaques furieuses des vagues, aux soirs de tempête.

Quant au slip sur lequel glisseront les canots de la Société des Régates, lancés à l'eau ou ramenés de la mer, il sera raccordé par une petite voie ferrée avec le garage de la Société, au rez-de-chaussée du Palais. Un treuil mu par l'électricité facilitera la manœuvre.

Ne quittons pas le chantier, plein d'animation et de bruit, sans jeter un coup d'œil sur le curieux appareil établi à l'endroit même où l'on se propose de créer un « ground » de tennis. C'est une broyeuse peu ordinaire. Actionnée à la vapeur, elle vous casse des tonnes de silex aussi facilement que la pince casse la noisette.

Deux tours de roue dans un fracas d'enfer, et le caillou le plus dense, le plus résolu à ne pas se faire entamer, sort de là, ébréché, émietté, réduit en morceaux susceptibles d'être utilement employé avec le ciment dans la préparation de certains bétons… Et nous vous prions de croire que la machine en a déjà mangé des tombereaux.

 

LE QUARTIER DU COMMERCE

C'est vers le quartier du commerce que se porte aujourd'hui la curiosité du promeneur. Il est plus neuf que les autres et l'on n'a pas dit encore ce qu'il sera.

À l'intersection de l'avenue des Régates et de l'avenue Désiré-Dehors s'étend un grand terrain que l'on a, ces jours-ci, sectionné en traçant dans le sens de la pente du coteau, une rue large, bordée de trottoirs et déjà baptisée : la rue de la Poste.

Tout cet îlot, dont la façade Est forme un arc de cercle, est appelé à se couvrir de constructions entièrement et exclusivement destinées à recevoir des commerçants et des industriels, répondant aux besoins de l'agglomération des villas voisines.

C'est donc toute une série de boutiques qui s'étendra en bordure. Sur la rue de la poste, le coiffeur aura son « salon », la poste ses guichets, le bureau de tabac ses comptoirs. Sur l'avenue Désiré-Dehors, le boucher, la repasseuse, le mercier, le marchand de comestibles, le pharmacien. Sur l'avenue des Régates, une brasserie, un restaurant, une pâtisserie, une librairie, etc., autant de boutiques avec logements particuliers, cour intérieure indépendante, autant de constructions que le plan que nous avons sous les yeux présente avec un aspect gracieux, engageant, et qui, comportant un étage en façade sur l'avenue des régates, sont réduites à un rez-de-chaussée sur l'avenue Désiré-Dehors, afin de ne pas masquer la vue de la mer aux propriétés voisines.

La réalisation de ce seul projet représente une dépense de 500 000 francs ! M. Dufayel en a récemment commandé l'exécution. Et, depuis huit jours, les terrassiers creusent les fondations. Ils enlèvent une glaise bleuâtre et molle, qui forme la base même de la Hève. Les pelles sont là à l'extrémité de la couche kimméridgienne si fertile en fossiles. Que les géologistes calment leurs fièvres. Avant même qu'ils aient rassemblé sacs et marteaux, la fouille sera bourrée de béton, la maçonnerie commencera sa montée et les mystérieux plésiosaures, s’il y en a, poursuivront leur somme sans jamais se douter qu'ils auront un jour sur la tête un débitant de scaferlati ou un souverain barbificateur.